Publication de Redox Biology : Le peptide CB3 régule le stress oxydatif et la neuroinflammation, un nouvel espoir pour des effets antiépileptiques durables
Aujourd'hui, nous partageons une importante étude menée par l'équipe de Tawfeeq Shekh-Ahmad de l'Université hébraïque de Jérusalem, publiée dans la revue Redox Biology. Cette étude est la première à évaluer systématiquement le potentiel thérapeutique du peptide mimétique de la thiorédoxine TXM-CB3 (CB3) dans un modèle d'épilepsie du lobe temporal. Les résultats montrent que le CB3 peut retarder significativement l'épileptogenèse, réduire les crises récurrentes spontanées (CRS) pendant la phase chronique et améliorer les troubles cognitifs associés à l'épilepsie en modulant des voies clés du stress oxydatif et de la neuroinflammation. De manière remarquable, le CB3 a conservé des effets antiépileptiques durables même après l'arrêt du traitement, démontrant ainsi ses caractéristiques de véritable thérapie modifiant l'évolution de la maladie. Ceci offre un nouvel espoir à environ 30 à 40 % des patients atteints d'épilepsie pharmacorésistante.
01 Contexte de la recherche
L'épilepsie est une affection neurologique chronique fréquente qui touche environ 70 millions de personnes dans le monde et se caractérise par des crises récurrentes et spontanées. Malgré la disponibilité de plusieurs médicaments antiépileptiques, 30 à 40 % des patients développent une épilepsie réfractaire. Les traitements actuels visent principalement à contrôler les symptômes (en supprimant l'hyperexcitabilité neuronale) et ne peuvent empêcher le développement et la progression de la maladie (épileptogenèse). Le stress oxydatif et la neuroinflammation sont reconnus comme des mécanismes pathologiques fondamentaux à l'origine de l'épileptogenèse et de la pharmacorésistance. Ils forment un cercle vicieux qui entretient l'hyperexcitabilité neuronale, la mort neuronale associée à l'épilepsie et aggrave la progression de la maladie. Cibler ce duo pathologique interdépendant de stress oxydatif et de neuroinflammation afin de développer des thérapies susceptibles de modifier l'évolution de la maladie est donc une nécessité urgente et un axe de recherche majeur dans le domaine de l'épilepsie. Le système thioredoxine réductase/thioredoxine est un élément central de la régulation de l'équilibre redox intracellulaire et de la signalisation neuro-inflammatoire. Le TXM-CB3 est un peptide mimétique de la thiorédoxine, constitué d'un tripeptide (Ac-Cys-Pro-Cys-NH2). Des études antérieures ont démontré sa capacité à inhiber la signalisation inflammatoire et apoptotique induite par le stress oxydatif dans des modèles tels que les traumatismes crâniens. Cependant, l'efficacité du CB3 dans l'épilepsie et ses propriétés potentielles de modification de la maladie étaient jusqu'alors inconnues.
02 Points forts innovants
Première confirmation de la double inhibition par CB3 du stress oxydatif et de la neuroinflammation dans un modèle d'épilepsie :
L'étude a initialement confirmé, dans un modèle in vitro d'activité épileptiforme induite par une faible concentration de magnésium, que le prétraitement par CB3 réduisait, de manière concentration-dépendante, les niveaux d'espèces réactives de l'oxygène, diminuait significativement l'expression des ARNm des cytokines pro-inflammatoires (IL-6, IL-1β, TNF-α) et augmentait celle de la cytokine anti-inflammatoire IL-10. Ceci a jeté les bases mécanistiques solides des études in vivo ultérieures.
Évaluation systématique des effets thérapeutiques du CB3 au cours de l'épileptogenèse précoce et de la phase chronique :
L'étude comprenait deux cohortes principales : la cohorte I a reçu une intervention précoce par CB3 après un état de mal épileptique afin d'évaluer son potentiel antiépileptogène ; la cohorte II a reçu un traitement par CB3 pendant la phase chronique établie de l'épilepsie afin d'évaluer ses effets modificateurs de la maladie. Ce protocole permet de mettre en évidence le rôle de la CB3 à différents stades de la maladie.
Évaluation complète de trois indicateurs clés : crises d’épilepsie, neuroprotection et comportement :
Cette recherche s'est non seulement intéressée à l'impact du CB3 sur la fréquence et l'intensité des crises d'épilepsie, mais a également évalué histologiquement son effet protecteur sur l'intégrité des neurones de l'hippocampe. De plus, elle a utilisé une série de tests comportementaux (champ ouvert, labyrinthe en croix surélevé, reconnaissance d'objets nouveaux, labyrinthe en T) afin d'évaluer de manière exhaustive son amélioration des fonctions cognitives et des comportements de type anxieux.
Mise en évidence des effets résiduels prolongés du CB3, soulignant sa capacité à modifier l'évolution de la maladie :
L'étude a révélé que, indépendamment d'une intervention précoce ou d'un traitement en phase chronique, l'effet antiépileptique du CB3 persistait plusieurs semaines après l'arrêt d'un traitement de seulement deux semaines. Cette efficacité prolongée au-delà du cycle de traitement constitue un élément distinctif majeur par rapport aux antiépileptiques classiques qui ne font que contrôler temporairement les symptômes, suggérant que le CB3 pourrait véritablement modifier l'évolution naturelle de la maladie.
03 Résultats et discussion
3.1 Le CB3 supprime efficacement le stress oxydatif et la réponse inflammatoire dans l'activité épileptiforme
Dans des cultures primaires de neurones et de cellules gliales corticales, une activité épileptiforme a été induite en conditions de faible concentration de magnésium. Comme illustré sur la figure 1, le prétraitement par CB3 a inhibé de manière significative l'augmentation de l'intensité de fluorescence du dihydroéthidium (DHE) induite par l'activité épileptiforme, indiquant ainsi son effet anti-stress oxydatif. Parallèlement, les résultats de la qRT-PCR ont montré que le CB3 réduisait significativement les niveaux d'ARNm des facteurs pro-inflammatoires IL-6, IL-1β et TNF-α, tout en augmentant les niveaux du facteur anti-inflammatoire IL-10 (Fig. 1).

Fig. 1. CB3 module l'activité oxydative et l'expression des cytokines dans l'activité épileptiforme induite par une faible concentration de Mg2+.
3.2 Une intervention précoce par CB3 retarde l'épileptogenèse et réduit la fréquence des crises.
Dans le modèle d'état de mal épileptique induit par l'acide kaïnique (cohorte I), l'administration précoce de CB3 (20 mg/kg/jour, par voie intrapéritonéale, pendant 2 semaines) a démontré des effets antiépileptogènes significatifs. Comparés au groupe témoin, les animaux du groupe traité par CB3 ont présenté une latence significativement prolongée avant la première crise spontanée, une fréquence et une charge épileptique cumulée significativement réduites sur l'ensemble de la période d'observation de 12 semaines, ainsi qu'une durée des crises plus courte. La probabilité cumulée d'absence de crise était également significativement plus élevée dans le groupe traité par CB3 (Fig. 2).

Fig. 2. CB3 supprime le développement de l'épilepsie et la charge globale de crises après un état de mal épileptique.
3.3 Le CB3 améliore la fonction cognitive et réduit les comportements de type anxieux pendant l'épileptogenèse
Les tests comportementaux réalisés cinq semaines après l'état de mal épileptique (soit trois semaines après l'arrêt du CB3) ont montré que les animaux traités par CB3 parcouraient une plus grande distance totale, pénétraient plus fréquemment dans la zone centrale et y passaient plus de temps lors du test en champ ouvert. Ils passaient également plus de temps et pénétraient plus fréquemment dans les bras ouverts du labyrinthe en croix surélevé, ce qui indique une réduction des comportements de type anxieux. Les animaux traités par CB3 ont obtenu de meilleurs résultats au test d'alternance spontanée dans le labyrinthe en T, ce qui suggère une préservation de la mémoire de travail spatiale (Fig. 3).

Fig. 3. Le CB3 prévient le déclin cognitif associé au développement de l'épilepsie.
3.4 Le CB3 protège l'intégrité des neurones de l'hippocampe et réduit les dommages oxydatifs à l'ADN
La coloration de Nissl a montré qu'une intervention précoce par CB3 réduisait significativement la perte neuronale dans les régions CA1 et CA3 de l'hippocampe après un état de mal épileptique. L'immunofluorescence a par ailleurs révélé que le traitement par CB3 diminuait l'intensité de fluorescence du marqueur de dommages oxydatifs à l'ADN, le 8-OHdG, dans les neurones CA1 de l'hippocampe, indiquant ainsi une atténuation des dommages liés au stress oxydatif associé à l'épilepsie (Fig. 4).
Fig. 4. CB3 exerce un effet protecteur durable sur les neurones de l'hippocampe suite à une activité épileptique récurrente.
3.5 Le traitement par CB3 améliore efficacement l'épilepsie chronique établie
Dans le modèle animal d'épilepsie en phase chronique (cohorte II), un traitement de deux semaines par CB3 a permis de réduire significativement la fréquence et la charge cumulative des crises récurrentes. Cet effet s'est maintenu jusqu'à quatre semaines après l'arrêt du traitement, démontrant ainsi l'effet modificateur positif du CB3 sur l'épilepsie établie (Fig. 5).

Fig. 5. Le traitement CB3 supprime l'activité épileptique récurrente et la progression des crises chez les animaux épileptiques.
3.6 Limites des effets du CB3 sur le comportement dans l'épilepsie en phase chronique
Lors du traitement en phase chronique, le CB3 a seulement montré une tendance à réduire les comportements de type anxieux (améliorations en champ ouvert et dans le labyrinthe en croix surélevé), sans toutefois parvenir à inverser les déficits cognitifs lors des tests de reconnaissance d'objets nouveaux et du labyrinthe en T. Cela suggère qu'une intervention précoce pourrait être plus cruciale pour préserver les fonctions cognitives.
04 Conclusion et perspectives d'avenir
Cette étude apporte des preuves solides que le peptide CB3, mimétique de la thiorédoxine, possède un potentiel significatif de modification de la maladie dans un modèle préclinique d'épilepsie. Son principal intérêt réside dans l'obtention de multiples bénéfices thérapeutiques : inhibition de l'épileptogenèse, réduction de la fréquence des crises en phase chronique, protection des neurones et amélioration partielle des comorbidités comportementales, grâce à une double modulation des principaux facteurs pathologiques : le stress oxydatif et la neuroinflammation, avec des effets durables.
Le CB3 représente un nouveau paradigme, distinct des antiépileptiques classiques, en déplaçant l'attention du traitement des symptômes (excitabilité neuronale) vers celui des causes profondes de la maladie (stress oxydatif/neuroinflammation). Les recherches futures pourraient s'orienter vers : ① l'étude approfondie des cibles moléculaires et des voies de signalisation spécifiques du CB3 ; ② la réalisation d'évaluations pharmacocinétiques et de sécurité rigoureuses en vue d'une application clinique ; ③ l'exploration de stratégies combinatoires avec les antiépileptiques existants, notamment chez les patients atteints d'épilepsie réfractaire ; et ④ la validation de son efficacité dans différents modèles, y compris chez les femelles, afin d'examiner les différences liées au sexe. En conclusion, le CB3 ouvre de nouvelles perspectives pour le développement de thérapies capables de modifier l'évolution de l'épilepsie, offrant potentiellement une nouvelle option thérapeutique à des millions de patients dans le monde souffrant d'épilepsie pharmacorésistante.
Singh PK, Maurya S, Saadi A, Sandouka S, Zhang T, Kadosh O, Sheeni Y, Martin V, Atlas D, Shekh-Ahmad T. Un peptide mimétique de la thiorédoxine atténue la progression de l'épilepsie et les déficits neurocognitifs. Redox Biol. 2026 mars;90:104021. doi: 10.1016/j.redox.2026.104021.











